Paris - Septembre 2001, un mois sordide. Sordide ou le 11, un pléonasme... Il aura bien fallu un exutoire... Quoi de mieux qu'un cerveau en quête d'aventures et un imaginaire qui s'enflamme lorsqu'on prononce le nom de Bram Stoker. Bram Stoker, romancier irlandais, l'inventeur de « Dracula » en 1897 ou plus simplement un romancier génial.
Une rencontre fortuite à Paris avec Vlad… prédestinée ! Une invitation à un réveillon à 2500 kms d'ici à Bran, un village roumain dans les Carpathes méridionales. Voyager dans les contrées de Transylvanie et la légende devient réalité. Un vol KLM de 3h30 en économie via Amsterdam et nous atterrissons à l'aéroport de Bucarest Otopeni.
Nous voilà, équipée franco-roumaine à bord d'une vieille Dacia. Nous serpentons les routes montagneuses enneigées et bordées de ravins au hasard ou presque… Oubliez les panneaux de direction, allez-y avec un roumain, il ne vous mordra pas ou peut-être avec votre consentement, à votre guise !

© Dinu Lazar
Quelques heures plus tard, nous sommes embourbés au portillon d'un chalet typique ou plutôt d'une villa comme on dit là-bas. Une femme d'une quarantaine d'années, professeur à Bucarest, nous ouvre généreusement les portes de sa maison. Son mari l'a laissée avec son fils de 11 ans et pour quelques deniers de survie, elle nous lègue sa demeure. Pour l'occasion, elle devient notre cuisinière de repas de festivités… GARGANTUESQUE (« Sarmale » à profusion : potée de choux farcis au risotto et à la viande et autre polenta) !
A coup de pelles, nous déblayons le mètre cinquante de neige pour garer notre limousine locale et décharger notre paquetage. Une première épreuve avant de nous plonger dans une ambiance d'épouvante et de frissons… Glah glah…
Pour nous réchauffer, Madame ou « Doamna » (quelques leçons de roumain pour qui s'y intéresse), nous propose d'emblée ou plutôt nous abreuve d'un échantillonnage de spiritueux locaux : Tuica et Palinca, servis à la manière Vodka. Comprenez qu'un alcool à 50 degrés et l'autre à 70 sont salvateurs avec un climat pareil ! Comment mêler l'utile à l'agréable… 50 /70 degrés d'alcool, -20 degrés Celsius, faites l'équation…
Allez chercher dans votre imaginaire un univers de conte vampirique. Nous ne parlerons pas des médiocres Buffy, confortable cela dit, pour les dimanches de siestes sans réfléchir ! Vous découvrirez un décor planté… de sapins, hauts en pieds et une neige goulue. Une forêt sombre mais facile à traverser, pas en escarpins bien sûr ! Optez pour le godillot de montagne fourré et à la semelle épaisse. Vos pieds vous en seront reconnaissants !
Nos esprits en alerte se laissent envahir par quelques angoisses d'un loup ou d'un ours qui pourrait rôder. D'autres idées saugrenues comme de nous faufiler par les meurtrières du château (bonne astuce, on ne sait jamais !), façon « Bal des vampires » pour échapper au fanatique d'hémoglobine… houla houla… ne nous égarons pas !
Au beau milieu de ce nulle part fantastique, nous entrons dans une hutte, un restaurant local, tapissé de peaux et de trophées d'ours, de moutons. L'escale est bienvenue après une longue marche sous tempête de neige. Une bonne soupe chaude, des bolées de « Ciorba », aux tripes nous sont servies pour le plaisir de nos papilles délicates ! Le bouillon : un savoureux mélange à base d'ail qui procure une haleine qui ferait fuir la chauve-souris australe. Nous sommes immunisés et pouvons entamer une nuit en toute sérénité sous une couverture d'hiver polaire en fibres naturelles de bestiaux. Au coin de la chambre : une cheminée en céramique, somptueuse, un modèle que l'on retrouve dans toutes les maisons traditionnelles roumaines, très utile également à la cuisine.
Renfilons nos trois couches de pull et d'anorak pour aller nous percher à 1000 mètres d'altitude à Sinaia. « La perle des Carpathes », un complexe idéal pour les touristes et même pour une cure de santé. La basse pression atmosphérique fait de Sinaia une station thermale où l'on peut jouir d'une cure de jouvence. Question châteaux, nous ne sommes pas en reste, le palais royal de Peles, résidence secondaire du roi Carol I est splendide, la visite vaut le coup.

le château Peles © Nicolas Lardey 2003
Accumulés dans le téléphérique, nous atteignons le sommet. Moins sportifs, nous admirons les skieurs fendre la poudreuse avant d'atterrir malencontreusement sur quelques plaques de verglas ou autres caillasses laissées à découvert… A bout de souffle avec la prise d'altitude, quoi de mieux qu'un vin chaud à la cannelle pour célébrer notre amitié spontanée et un rapprochement culturel. Les blagues fusent, parfois intraduisibles (restons polis), elles font un flop, Pour d'autres latines, elles complètent notre répertoire.
Les blagues sur les français… nous sommes arrogants ! Les roumains ne sont d'ailleurs pas les seuls à le penser mais le reproche est fait en toute amitié et, entre-nous ont-ils vraiment tort ? On ne tenterait pas l'épreuve de vérité à un américain, nous risquerions l'embargo !
Trêve de plaisanterie, poursuivons notre quête à la rencontre du monstre sanguinaire. Dracula, le diable ou le dragon (Drac en roumain), est né d'histoire et de mythe. Le prince de Valachie : Vlad Tepes, seigneur de la guerre a vaincu l'invasion turque. Si les roumains ne se reconnaissent pas dans le comte, en revanche le Prince fait aujourd'hui figure de héros et repose pour l'éternité à Snagov , à 35 kms de Bucarest. De son surnom : « L'empaleur », il massacre ses victimes de la plus effroyable manière. Sans vouloir faire l'apologie du crime, il faut bien avouer que la méthode est efficace !
La légende de Stoker y aura trouvé son inspiration mais pas seulement… On raconte dans un conte hongrois que c'est par une nuit de pleine lune que les jeunes filles perdent leur virginité. Une fenêtre ouverte, une chauve-souris se faufile et l'affaire est faite ! Initiation à la sexualité garantie…
Compagnons à la recherche du suceur de sang, nous grimpons le chemin pentu et menaçant pour nous diriger vers l'entrée de la demeure du Vampire. Une porte étroite, un bélier à l'effigie du maître… Une jeune fille nous accueille et nous guide. Elle est enthousiaste semble t-il, face à de tels supporters il faut le dire ! Mais elle est suggestive, elle entretient une ambiguïté mystérieuse pour finalement nous conduire dans un dédale de passages secrets.
Je suffoque, claustrophobie, émotion démesurée de mon imaginaire sans limite ? La jeune roumaine me conduit vers le balcon circulaire pour rejoindre mes compères au niveau supérieur. Les autres ne sont pas entrés de gaieté de cœur dans un passage de 50 cms à peine, froid, humide, oppressant. D'ailleurs, à leur sortir, ils sont blêmes et étrangement personne ne dira mot de cette expérience.
Une succession de petites pièces à bas plafonds, il s'agit d'un château conçu pour un stratège. Un espion s'y perdrait et les plans de batailles peuvent être établis en toute discrétion. Des tourelles, des Donjons, des murs à la chaud, une cour intérieure confinée. La perspective du balcon plonge sur un puits qui trône au centre de cet univers clos. Le puits…qu'y reste t-il ? Nous en sommes écartés et avertis que la visite y est interdite, et danger de mort au clair de lune…
Sur les hauteurs d'une colline, le château a l'allure de ceux hantés des dessins animés et pourtant sa couleur blanche fait illusion avec la neige. Sur le retour, nous vérifions que le monument élancé est bel et bien là. Aurions-nous rêvé ? Le château fait illusion ou n'est-ce que l'illusion du château hanté ?…
Au pied du château, quelques artisans font commerce de Tapis, de symboles idiots du monstre aux canines extraverties. Nous dénichons un ocarina à siffler pour apaiser une angoisse collective éphémère mais pesante.
Les quelques jours qui ont suivis auront laissés place à une légère déception. Chaque matin, les cous sont inspectés et personne ne peut prétendre à une morsure pour l'immortalité. Mais au moment du départ…Adieu aux deux chats qui lovent sur le lit depuis notre arrivée… Le chat, animal que l'on croit connaître… découvre deux crocs, deux incisives dévoreuses, prêtes à mordre !
Mes favoris
Nosferatu avec Klaus Kinski&Isabelle Adjani (filmé au Château de Bran)
« Le Bal des Vampires » Polanski
« Dracula » Coppola et sa bande originale.

le château Bran © Nicolas Lardey 2003
Dépêches
Le village de Bran est à l'étude pour devenir un cirque de vampires : « Dracula land ».
Le véritable de château de Vlad Tepes, à quelques kms de Bucarest est en ruine. Propriétaire du château de Bran, il n'y aura séjourné en réalité que quelques jours. Le château de Bran rénové et en excellent état offrait probablement une meilleure opportunité touristique.
Voir aussi
Châteaux et belles demeures : Sinaia, Peles, Pelisor, Bran, Brasov