Les Pàpouch's, malades de tristesse
Il était une fois, loin, loin au pied d'une haute montagne, un tout petit pays. Ce pays s'appelle le Pays Bleu. Les habitants du Pays Bleu s'appellent les Pàpouch's. Ce sont de tout petits bonshommes, hauts comme deux pommes posées l'une sur l'autre. Leur Roi mesure une pomme de plus, c'est pour cela qu'il est le Roi. Il ne gouverne pas vraiment, car sa principale occupation, comme celle de tous les Pàpouch's, c'est de faire des farces. Les Pàpouch's naissent farceurs, et le restent toute leur vie. Le Pays Bleu retentit du matin au soir des rires joyeux des Pàpouch's.
Même la nuit, on entend des rires, mêlés au chant des grillons car, si les Pàpouch's ont un sommeil excellent, leurs rêves sont peuplés des farces qu'ils vont inventer le lendemain. Pourtant, à force de se faire des farces les uns aux autres, les Pàpouch's connaissent toutes les facéties possibles. Même le Roi qui en inventait, une pomme au-dessus de ses sujets, a fini par ne plus rien trouver de nouveau. Or, la même farce, répétée dix fois, cent fois, mille fois, ce n'est plus vraiment drôle. Et les rires des Pàpouch's deviennent de moins en moins forts, de moins en moins nombreux.
De mémoire de Pàpouch's, jamais le Pays Bleu n'a été aussi silencieux. Inquiet, le Roi décide d'aller demander conseil au Sorcier Pàpouch', qui habite au sommet de la montagne. Un matin, de très bonne heure, il se met en route, à pied, car au Pays Bleu, il n'y a ni voitures ni chevaux pour se déplacer. Le Roi doit marcher trois grands jours, dans les cailloux et dans les herbes folles. C'est très fatigant, mais le Pays Bleu est devenu si triste qu'il est prêt à marcher encore bien plus longtemps, pour que les Pàpouch's retrouvent leur bonne humeur. Heureusement pour lui, le Sorcier Pàpouch' n'habite qu'à trois jours de marche de sa capitale. Le Sorcier le voit arriver et s'avance vers lui pour le saluer :
Vous me faites un grand honneur, Majesté, en venant jusqu'ici ! Puis-je vous offrir un peu de lait, avant que vous ne m'appreniez l'objet de votre visite ?
Volontiers, répond le Roi, car je suis épuisé. Et je meurs de soif !" Le Sorcier Pàpouch' entre précipitamment dans sa maison et revient presque aussitôt, riant aux larmes et tirant derrière lui ... une chèvre peu décidée à le suivre : - Hi ! Hi ! Hi !... Voilà votre bol de lait, Majesté !... Hi ! Hi ! Hi !... Vous ne trouvez pas que c'est un superbe bol ?... Hi ! Hi ! Hi !... Et si vous le désirez, Majesté, je peux aller vous chercher une paille !...Hi ! Hi ! Hi !... Il y a longtemps que je n'avais autant ri ! Merci, Majesté, de me donner le plaisir de faire une petite farce ! Hi ! Hi ! Hi !... La mine désappointée du Roi fait redoubler ses éclats de rire. Mais comme le Roi garde son sérieux, il s'arrête soudain, stupéfait :
Que se passe-t-il, Majesté ? Foi de Sorcier, c'est la première fois que je vois un Pàpouch' qui ne sourit pas. Une épidémie de tristesse a-t'elle atteint le Pays Bleu ? La tristesse est la pire maladie pour un Pàpouch'. Les livres de médecine disent même que la tristesse peut être une maladie mortelle chez les enfants Pàpouch's.
Naturellement, je n'ai pas pu le vérifier moi-même, car vous êtes bien le premier Pàpouch' que je vois dans un pareil état. Heureusement d'ailleurs, vous n'êtes plus un enfant !... Mais, dites-moi, comment vont les enfants du Pays Bleu, ils ne sont pas malades, au moins ?
Dieu merci, répond le Roi, les enfants sont indemnes ! Ils sont même les seuls à rire encore un peu des farces que nous faisons. Mais les grands Pàpouch's perdent le gout de rire et je crains que le mal n'atteigne, sous peu, les petits Pàpouch's. C'est d'ailleurs pour cela que je suis venu te voir. J'espère que tes livres de médecine m'apprendront aussi le remède à cette étrange maladie.
Le Sorcier, suivi du Roi et de la chèvre, entre dans sa maison et va chercher sur une étagère, un énorme livre tout poussiéreux. Le Roi doit l'aider à descendre le livre de l'étagère, car le Sorcier ne mesure que deux pommes et demi de haut. Tous deux lisent attentivement, dans le livre de médecine, le chapitre qui parle de la tristesse. Le seul remède indiqué consiste à envoyer les Pàpouch's malades au Pays des Hommes, mais sans donner la moindre précision à ce sujet. Le Roi et le Sorcier sont très ennuyés, car aucun des deux ne connaît le Pays des Hommes, autrement que par oui-dire. Ils se demandent même s'il n'est pas dangereux pour les Pàpouch's de se rendre là-bas, mais devant la gravité de la maladie, ils décident d'essayer quand même le remède.... Le Roi remercie le Sorcier pour ses bons conseils, et surtout pour avoir descendu le gros livre de son étagère. Le Sorcier lui offre un bol de lait tout frais de sa chèvre et le laisse reprendre le chemin de la plaine. En arrivant dans la capitale du Pays Bleu, le Roi convoque tous les Pàpouch's au Palais, et leur propose la solution trouvée dans le gros livre. Les Pàpouch's sont très effrayés et aucun d'eux n'est volontaire pour aller au Pays des Hommes. La situation menace de devenir catastrophique, car la peur a fait se taire les derniers rires. Même les enfants, en voyant l'air triste de leurs parents, s'arrêtent de faire des farces et le Roi craint d'en voir tomber un, raide mort, de tristesse.