"Au diable Staline, vive les mariés" - Horatiu Malaele
Date de sortie en France : 18 Février 2009
Un film roumain de Horatiu Malaele, avec Alexandru Potocean, Meda Andreea Victor, Valentin Teodosiu... Comédie. Année de production : 2008. Titre original : "Nunta muta".
Roumanie, de nos jours. Une équipe de tournage arrive dans un village isolé pour un reportage sur des phénomènes paranormaux. A la surprise de tous, seules de vieilles femmes en deuil habitent ce village. Quelle est donc leur histoire ?
Roumanie, 1953. Ana et Iancu sont sur le point de se marier. Tout le village s'attèle aux préparatifs de la noce. C'est un véritable festin qui attend tous les convives. Alors que la fête bat son plein dans le jardin de la maison, le maire du village et le commandant du régiment font irruption pour annoncer la mort de Staline ainsi qu'une semaine de deuil national prenant effet sur le champ. Toutes les festivités sont interdites.
Malgré l'interdiction, les mariés et leurs invités feront preuve d'ingéniosité pour poursuivre la fête...
Acteurs : * Doru Ana * Ioana Anastasia Anton * Alexandru Marian Bindea * Tamara Buciuceanu * Dan Condurache * Tudorel Filimon * Luminita Gheorghiu * Serban Pavlu * Alexandru Potocean * Victor Rebengiuc * Simona Stoicescu * Valentin Teodosiu * Meda Andreea Victor
Scénario : Adrian Lustig, Horatiu Malaele. Musique de Alexandru Andries. Directeur de la photographie : Vivi Dragan Vasile.
Entretien avec Horatiu Malaele source : BAC FILMS
Né en 1952, Horatiu Malaele est l'un des comédiens et metteurs en scène de théâtre les plus populaires en Roumanie. Il travaille depuis plus de dix ans au sein du prestigieux Théâtre Bulandra, de Bucarest, que l'on pourrait comparer au Théâtre de l'Odéon à Paris. Il y a monté et interprété les grands auteurs, de Tchekhov à Goldoni, de Ionesco à Molière. Il a également été l'interprète de plusieurs récitals poétiques.
Horatiu Malaele a tourné dans plus de cinquante films roumains, apparaissant également dans Amen de Costa Gavras, en 2002. Il est aussi caricaturiste : ses quelques 3000 portraits ont été l'objet de plus de trente expositions en Roumanie comme à l'étranger. Au diable Staline, vive les mariés ! est son premier film comme réalisateur.
Pourquoi, au milieu d'une fructueuse carrière d'acteur et de metteur en scène au théâtre, avoir choisi de signer aujourd'hui un premier film ?
Je pense que les acteurs, les scénographes, les écrivains, les peintres, les poètes, les chorégraphes et les metteurs en scène habitent le même quartier. « On n'est pas si nombreux, mais on vient tous d'Athènes » disait Pier Paolo Pasolini, il y a longtemps déjà. Le déménagement d'un bâtiment à l'autre, d'un appartement à l'autre, est le fruit du temps et de la chance. J'ai eu envie de raconter cette histoire, qui est une histoire vraie. Elle a eu lieu dans l'espace du "bloc de l'Est", quand l'humanité se trouvait dans une bizarre et inexplicable somnolence. Peu importe de dire précisément l'endroit en Roumanie où cette tragédie a eu lieu : elle aurait pu se passer n'importe où dans cette partie du monde. J'ai raconté cette histoire à plusieurs réalisateurs, et finalement, je m'y suis mis moi-même : le scénario a obtenu un prix du centre national du cinéma roumain, nous avons pu réunir un petit budget, et je me suis lancé.
La scène centrale qui donne son titre au film est-elle métaphorique de la situation de la Roumanie, réduite au silence par le joug communiste ?
Non, parce que la Roumanie n'a jamais été réduite au silence. On a suspendu le droit légitime de parler à haute voix. Mais les Roumains ont chuchoté deux fois plus ! Avec beaucoup de souffrance, mais avec beaucoup d'humour. Paradoxalement, plus le pays a été accablé, plus l'humour masochiste de cette nation a explosé.
Pourquoi situer l'histoire à la mort de Staline, en 1953 ? On imaginait au contraire une amélioration de la situation du pays à partir de cette date…
Bien au contraire : « le roi est mort, vive le roi ». Le bourreau a été changé par un autre. La peur du peuple a endossé les habits neufs d'un nouveau dictateur, c'est tout. Je n'ai pas connu cette période, mais mon père, qui est mort il y a deux ans, m'en a beaucoup parlé.
Quel style avez-vous voulu donner au film ?
Dans tous les domaines où j'ai travaillé, j'ai refusé d'être l'esclave d'un style, d'un courant ou d'un dogme. Le fond impose la forme, chaque histoire trouve son ton. Ou ses tons, puisque la vie, qui n'est jamais monocolore, impose sans cesse des changements de registre. Le film alterne le tragique et le burlesque, le réaliste et le fantastique. Je suis attiré par les films expressionnistes, ou par un certain "réalisme fantastique" ; mais quand on interroge un romancier comme Gabriel Garcia Marquez, il se définit d'abord comme "réaliste" tout court ! Peut-être en Europe de l'Ouest oublie-t-on parfois que la Roumanie est le pays de Ionesco, de Cioran, de Mircea Eliade ou de Brancusi. Visitez la Roumanie et votre imaginaire fantastique deviendra réalité !
Quand Iancu embrasse Mara à travers le drap, on pense à un fantôme : votre film est-il une histoire de fantômes ?
Non, malheureusement. Les personnages sont dramatiquement réels. Iancu a été et restera pour toujours le nom de mon père.
Comment avez-vous choisi les acteurs du film ?
Ce sont des gens que je connais tous depuis longtemps, avec qui j'ai déjà joué, ou que j'ai dirigés sur scène. Il fallait cette complicité, car le tournage n'a duré que 26 jours, et beaucoup de scènes demandaient des mises en place très précises. Pour n'en citer que deux, Meda Victor, qui joue Mara, est déjà une grande actrice et une danseuse exceptionnelle. Alexandru Potocean, qui joue Iancu, est un acteur à la personnalité unique, que vous avez déjà vu dans Quatre mois, trois semaines et deux jours, de Cristian Mungiu. Selon moi, ce sont deux acteurs promis à un grand avenir.
Justement, quelle influence les récents succès internationaux de la "nouvelle vague roumaine" ont-ils eue sur le cinéma dans votre pays ?
Les films de Mungiu ou Puiu appartiennent à un courant que l'on appelle chez nous "minimaliste". Ce ne sont pas des films surgis de nulle part, ils sont le fruit d'une histoire cinématographique puissante que les aléas de la politique en Roumanie ont rendue invisible… Il y a aussi une part de nécessité économique dans leurs choix esthétiques. Mon film est différent, peut-être fait-il déjà partie de la vague suivante… !